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LA GAZETTE DROUOT
EDITORIAL par Anne Foster, 16 octobre 2009






Du néant surgissent un œil en amande, noir, si noir, et une bouche rouge, d’un rouge baiser, d’un rouge laque de Chine. Une étrange coiffure, entre chapeau de mariée shinto et cornette de sœur de Saint-Vincent-de-Paul, enveloppe le visage nacré, telle la corolle épanouie d’une robe de mariée.

Mystérieuse invite - à quoi au juste ? on ne sait -, à la fois promesse de délices et barrière infranchissable, ce regard happe le spectateur qui, comme Florence et Daniel Guerlain, succombe. Leur collection présente d’autres Mariées, certaines en noir comme La Mariée veuve ou La Mariée Vélasquez. Les titres nous indiquent que ce sont, comme toute son œuvre, des autoportraits de Kimiko Yoshida, photographe japonaise installée en France depuis 1996.

En visitant son site, aussi épuré et raffiné que sa photographie, on découvre les transformations incessantes d’une mariée « à la Angela Davis » ou « à la Grande Catherine », kenyane, précolombienne ou même néolithique ! Affirmation de son moi, effacement à force de multiplications déguisées ou prolifération d’aurtant de Kimiko Yoshida ?

Son art est fait de questions, auxquelles elle ne veut surtout pas répondre, heureuse d’engager un subtil et savant dialogue avec le spectateur. Juste quelques pistes glanées au fil d’interviews, où l’artiste explique son amour de la lumière, héritage de sa culture japonaise.Une lumière douce, sans contrastes ni ombres, qui s’enrichit d’une myriades de nuances.

Son choix délibéré du monochrome offre un silence méditatif - on oserait presque inverser les termes, tant se plonger dans l’une de ses œuvres est une médiation silencieuse.





Kimiko Yoshida fait sienne cette phrase -de la philosophie zen: « Une montagne est comme une montagne » et rappelle que la tradition veut que l’on médite assis… devant une montagne. Celle-ci s’efface d’abord pour réapparaître au stade le plus élevé de la contemplation.

Même si l’art de Kimiko Yoshida est en osmose avec cette spiritualité, il présente aussi un aspect ludique, joyeux et exubérant, plus proche du monde occidental. L’artiste s’immerge littéralement dans les tableaux, se transformant en personnages à la Matisse, Picasso ou Fragonard.

Déroutée au premier abord par l’art baroque, elle intègre bientôt, guidée par le critique d’art Jean-Michel Ribettes, cette saturation de l’espace, telle l’onde propagée par le galet ricochant sur la surface de l’eau. Elle avouer vouloir marier avec le même plaisir qu’une petite fille habillant sa poupée l’expansion baroque et le minimalisme zen. à ces deux concepts, ajoutons une pincée d’érotisme.

Devant son autoportrait, Kimiko Yoshida évoque « une sorte d’inquiétude comme une pure image, c’est-à-dire comme une puissance fascinatoire […] que sa signification projette hors d’elle-même ».

Et tout cela à cause d’un œil en amande…