Art
            Vita
          In situ 
Text     
 


20. AUTOPORTRAIT EN GEISHApar Kimiko Yoshida, 2005






L’esthétique japonaise exprime une séduction érotique et sensuelle subtile, très spécifiquement liée un sentiment d’érotisation raffinée, conjuguée à une sensualité de l’éphémère, de l’impersonnel, du transitoire. C’est, au fond, une sensualité qui éprouve le double sentiment de l’impermanence des choses et du détachement.

Contrairement au maquillage occidental, conçu pour embellir, magnifier, singulariser, le doran, maquillage japonais traditionnel, tend seulement à effacer le visage singulier, à dissimuler la figure en la recouvrant de blanc, à gommer toute particularité. Une femme ainsi maquillée de blanc ne cherche pas à masquer ses défauts, à sembler plus jeune ou à ressembler à un modèle de perfection. Elle tend à s’identifier non à un idéal de femme, mais, au contraire,à une idée abstraite, à une forme générique, à un archétype essentiel.

Cette esthétique de l’effacement manifeste une sensualité essentiellement fugace, impersonnelle, cultivée. La culture japonaise cherche, à travers le doran de la geisha, à exprimer cet élan vers l’inatteint, l’indéterminé, l’immatériel.

Ce sont ces nuances et ces ambiguïtés que le visage d’une femme voilée de blanc célèbre avec érotisme et détachement.

Mes images donnent à l’être invisible une expression visible. L’orientation monochrome de mes autoportraits, entre visibilité et invisibilité, entre disparition et révélation, entre apparence et abolition, cherche à donner à voir l’intangible et l’immatériel, qui sont l’expression de l’esprit du zen, où l’être, délivré de ses limitations ordinaires, tend à se confondre avec le monde à l’entour.