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NOTE SUR LES PEINTURES. AUTOPORTRAITS
par Jean-Michel Ribettes, 2009
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Exposition personnelle au New York Photo Festival 09






Ces photographies intitulées Peintures poursuivent, avec de nouvelles significations, la série des Mariées que Kimiko Yoshida a débutée en 2000.

Cette nouvelle série d’autoportraits aurait pu s’intituler Détournements. Parce que ces Peintures sont très précisément une pratique de détournement. Le terme détournement réévalué par Guy Debord (L’Internationale situationniste, 1957-1973) «s’emploie par abréviation de la formule : détournement d’éléments esthétiques préfabriqués» : « Le détournement se révèle ainsi d’abord comme la négation de la valeur de l’organisation antérieure de l’expression, [comme] la recherche d’une construction plus vaste, à un niveau de référence supérieur, comme une nouvelle unité monétaire de la création. »

Pour Kimiko Yoshida, il s’agit de détourner de leur significations anciennes 1/ les objets de la vie quotidienne, 2/ les chefs d’œuvre de l’histoire de la peinture, 3/ ses précédentes Mariées et 4/ la pratique photographique elle-même.

1/ Comme ses précédents autoportraits, les Peintures de Kimiko Yoshida se présentent comme une tentative (inachevée) vers la couleur monochrome : l’artiste voit dans le monochrome une figure de l’infini – l’infini inatteignable du temps, l’infini inépuisable du regard – où la figure de l’artiste tendrait à disparaître. Mais ce qui apparaît aujourd’hui dans les Peintures, c’est le détournement manifeste d’objets de la vie quotidienne. L’artiste détourne notamment des robes et des chaussures, des saladiers ou des sacs à main, et les transforme en coiffes Grand Siècle, en parures antiques, en costumes historiques.

2/ Ces Peintures, en détournant des objets de la vie quotidienne ou des accessoires de mode, des fragments appartenant à la haute couture ou à l’histoire de l’art, transforment les œuvres de Picasso, Matisse, Gauguin, Rembrandt, Rubens, Delacroix, Tiepolo, Watteau…

3/ L’histoire de l’art n’est pas la seule référence de ces Peintures : l’artiste, dans ses nouveaux autoportraits, cite et détourne également ses propres autoportraits antérieurs. Au moyen d’objets quotidiens détournés de leur usage et transformés par le contexte des Peintures, Kimiko Yoshida recrée des coiffes ou des masques anciens qui provenaient de collections muséales et derrière lesquels elle mettait en scène sa propre disparition.

4/ Peintures : le titre même évoque directement la fonction du détournement. Autrement dit, le mot peinture est ici un équivalent de détournement. Ce simple titre détourne la réalité matérielle de la photographie et les principes formels de la peinture. En faisant sur de grandes toiles (142 x 142 cm) des archival digital prints à partir de ses originaux analogiques (transparents 6 x 6), Kimiko Yoshida redouble le détournement mis en scène dans ces autoportraits. Détournement de photographies tirées sur toile et intitulées Peintures, détournement de Peintures sans peinture.



Depuis qu’elle s’est enfuie de son pays natal pour fuir la servitude mortifère et le destin humilié des femmes japonaises, Kimiko Yoshida - à travers ce qu’on appelle « autoportraits » - affine et amplifie une contestation féministe, cultivée et distanciée de l’ « état des choses » : contre les clichés contemporains de la séduction, contre la servitude volontaire des femmes, contre les « identités » soumises aux appartenances et aux « communautés », contre les stéréotypies du gender et les déterminismes de l’hérédité.